Interview: Le Quotidien (Erwan Nonet)
Le Quotidien: Mercredi, le Mouvement écologique et l'initiative citoyenne "Stop Dioxin" ont remis en cause le gouvernement pour sa gestion du dossier des dépassements réguliers des normes concernant les émissions de molécules toxiques de l'aciérie de Belval. Qu'avez-vous à leur répondre?
Camille Gira: Tout d'abord, je dois dire que je m'étonne qu'ils aient choisi cette voie plutôt que d'en parler avec nous. Lors du dernier comité de suivi (NDLR: qui regroupe les deux associations, l'administration de l'Environnement et les communes d'Esch, Sanem, Schifflange et Differdange), en novembre, nous ne les avons pas entendus sur ce point. Enfin, ils sont dans leur bon droit...
Le Quotidien: Et sur le fond du problème? Les chiffres montrent que les dépassements sont très fréquents...
Camille Gira: Je crois qu'il y a un amalgame entre les émissions dues à l'usage du four et la pollution au plomb repérée dans les jardins. Et à vrai dire, le plomb m'inquiète plus que les émissions. Et il est loin d'être certain que tout le plomb mesuré dans les jardins provient de l'aciérie. Le problème, c'est qu'une bonne partie pourrait venir des travaux dans les friches - que ce soit à Micheville ou à Belval - car ils soulèvent de nombreuses scories chargées en matériaux polluants. Et là, je suis complètement d'accord avec eux: les valeurs élevées repérées dans les jardins sont intolérables.
Le Quotidien: Mais la cheminée de l'aciérie est également une source de pollution...
Camille Gira: Oui, il y a des problèmes avec ce four depuis des années. Et l'administration essaie d'améliorer la situation. En décembre janvier, ArcelorMittal a réalisé des investissements conséquents dans ce four pour limiter les émissions de produits toxiques. Les premières mesures montrent de nettes améliorations, même si toutes les valeurs ne sont pas encore en conformité avec les valeurs autorisées.
Le Quotidien: Et si les valeurs restent supérieures, quelle sera votre réaction?
Camille Gira: Nous maintenons la pression sur l'entreprise pour qu'elle fasse le maximum pour respecter les valeurs limites fixées. Nous avons déjà planifié un rendez-vous avec Arcelor-Mittal pour le mois de mars. Nous aurons alors une série de mesures significatives qui permettra d'avoir une vision juste des progrès effectués. À ce moment-là, si nous sommes encore loin des valeurs légales, nous ferons venir Arcelor Mittal chez nous pour signifier que de nouveaux travaux devront être réalisés, faute de quoi l'entreprise s'exposera à des sanctions.
Le Quotidien: Au regard des nouvelles mesures, pensez-vous qu'il est réaliste d'espérer que l'aciérie parviendra à limiter suffisamment ces émissions toxiques?
Camille Gira: De ce que j'ai vu, c'était encore un peu au-dessus... Mais il faut le temps que tout se mette en place. Et puis, concernant le COT (NDLR: carbone organique total, les émissions sont jusqu'à sept fois supérieures aux limites de l'autorisation commodo), nous ne sommes pas sûrs que la valeur limite de 10 [milligramme par mètre cube] restera. Il y a quelques années déjà, ArcelorMittal est allé devant le tribunal, car il estime que cette norme est trop sévère. Il demande une limite de 20. Nous attendons la décision de la justice. Mais il n'est pas impossible que si la limite passe à 20 mg/m3, ils soient dans les clous la plupart du temps. De toute façon, le problème, c'est la localisation de l'aciérie à l'intérieur d'une zone urbanisée...