Interview: Le Jeudi
Le Jeudi: "Alors que l'Union européenne négocie un traité de libre-échange avec les États-Unis (TTIP), des mesures qui l'amèneraient à réduire ses émissions d'au moins 40% ne risqueraient-elles pas d'être considérées, par les entreprises notamment, comme des entraves au libre-échange? Savez-vous s'il y a un chapitre sur le climat dans le TTIP?"
Carole Dieschbourg: "Premièrement, l'accord sur le climat engagera de façon contraignante, je l'espère, l'ensemble des 196 parties, alors que le TTIP n'en concernera que 30. Un tel protocole sur le climat devrait logiquement s'imposer au TTIP. Sachez aussi que, par ailleurs, j'ai écrit une lettre à la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmstrbm, lui demandant des éclaircissements, notamment à ce propos. Elle a promis de m'envoyer plus de détails. J'attends donc sa réponse."
Le Jeudi: "Est-ce que l'engagement de l'UE de réduire d'au moins 40% ses émissions de gaz à effet de serre est déjà acquis, même au cas où un accord sur le climat, tel que l'Europe le souhaiterait, n'était pas obtenu à Paris?"
Carole Dieschbourg: "Pour nous, c'est un engagement définitif,qui inclut même la possibilité d'aller au-delà. Certes si d'un point de vue purement technique cela pourrait peut-être se discuter, il est clair que quoi qu'il en soit, il faut faire cette réduction. C'est une obligation tant morale que politique. C'est une obligation que nous avons à l'égard des générations futures. Paris n'est qu'une étape d'un processus qui devra se dérouler sur le long terme. Aussi, l'Europe n'aurait aucune raison, même économique, de revenir sur cet engagement, car si on devait calculer le coût que cela nous demande aujourd'hui, nous savons que cela reviendrait de toute façon moins cher que d'attendre et de retarder un accord. C'est pourquoi, d'ailleurs, l'Agenda des solutions, qui est également en discussion, est tout aussi important que cet engagement d'atténuation. Et des solutions, il y en a - la sortie du nucléaire en Allemagne en est un modèle exemplaire. Enfin, cet engagement est une opportunité qui permettra à l'Europe de se faire innovatrice et compétitive. C'est à l'Europe de montrer ce qu'elle peut faire."
Le Jeudi: "Vous semblez bien décidée à ce qu'il y ait un accord. Un accord quel qu'il soit donc?"
Carole Dieschbourg: "Non, pas du tout. Il nous faut un accord ambitieux et dynamique. Si, effectivement, je vais mettre toute mon énergie pour avoir de bonnes négociations, ce qui est primordial pour moi c'est que l'accord donne clairement le signal à l'ensemble de la société que, cette fois, c'est décidé, nous allons décarboniser. Paris devra énoncer des buts à long terme, lancer le processus en toute transparence et montrer la voie à suivre. Je répète qu'il est aussi important d'avoir un accord inclusif, c'està-dire qui engage l'ensemble des 196 parties impliquées. Même si, je sais, cela ne sera pas facile, je suis persuadée que c'est absolument nécessaire. Et, alors que les États-Unis et la Chine bougent dans la bonne direction, l'Europe, qui a toujours été ambitieuse, doit maintenir ce cap et continuer à assumer ses responsabilités."